Paul Pascon (1932 – 1985)

Vallée de l’Ouneine, colline de Zaouite (mars 1983)

1ère rangée (debout de gauche à droite) : Christian Crepeau, Omar Berkat, Rejdali, Paul Pascon, Jean Dresch, Rachid Doukkali, Hammouchi, Hamid Narjisse, Bouzhouze, Ahmed Arrif, inconnu, inconnu 2ème rangée (assis de gauche à droite) : Aïcha Lemtouni, Abderrahmane Lakhsassi (chapeau), Leïla Tazi, Camille Peyre, Mohamed Tamim, (inconnue) et inconnu.

Une génération de chercheurs, géographes, sociologues, ruralistes, se forment autour de deux grandes universitaires des années 80 au Maroc, Jean Dresch et Paul Pascon. Photo prise sur la colline de Zaouite, vallée de l’Ouneine.

Maison d’Illigh, 1981

Première rangée : habitants ; Deuxième rangée : Hassan Rachik, Boukhari, fils du chef de la Maison d’Illigh, Mohamed Khattabi, Mohamed Mahdi, Abderrahim Abdelilah, Rachida Najib, (nom oublié), Keltoum Mousdik, Paul Pascon, Dominique Verdugo ; Troisième rangée : habitants, Mohamed Tozy (1981)

Pascon et Lazarev

Paul Pascon et Grigori Lazarev en pleine discussion. Après des études en France, Lazarev a collaboré avec Pascon à l’Office d’Irrigation, puis dans le cadre du Projet Sebou de la FAO dont il a été le directeur régional. Les deux chercheurs lancèrent de multiples collaborations.

portrait Paul Pascon

PAUL PASCON (1932-1985)

BIOGRAPHIE ET CONTRIBUTIONS SCIENTIFIQUES

 

Né à Fès en 1932, deux ans après la promulgation du dahir berbère qui va marquer le début d’un mouvement nationaliste de remise en cause du traité du protectorat français au Maroc. Son père était ingénieur des travaux publics, alors que le grand-père, plus paysan qu’agriculteur, tenait une ferme modeste dans la plaine du Saïs à quelques kilomètres du domaine des Douiyat qui sera le futur domaine royal, une des vitrines de l’agriculture marocaine moderne, mais aussi une des expressions de la mal-gouvernance qui a caractérisé le processus de récupération des terres coloniales après l’indépendance. Ses expériences familiales de la ruralité et sa proximité de l’injustice coloniale vont modeler son caractère au point d’infléchir le cours de sa vie et d’en faire avant tout un militant de la cause des « petits ». En 1953, Paul Pascon va décrocher son baccalauréat, il va s’inscrire d’abord à l’Institut des hautes études marocaines, seul établissement d’études supérieures au Maroc qui forme les cadres du protectorat. Il espérait y trouver les moyens de répondre à son besoin de grands espaces et à la poursuite qui l’avait conduit à effectuer en autodidacte sa première enquête sociologique sur le système des droits d’eau dans l’oued Drâa et l’oued Ziz. Il le quitte une année plus tard pour rejoindre la métropole. Entretemps, il a participé à quelques enquêtes initiées par les services de la Résidence sur l’émigration des Soussi (Sud du Maroc) vers les mines de Jarrada (Oriental). En France il opte, en l’absence d’une filière sociologique, pour la biologie et ce n’est qu’en 1956 qu’il va intégrer le département de sociologie nouvellement créé à Paris pour suivre les enseignements de George Gurvitch. C’est dans ce cadre qu’il participe à sa première enquête en France sur l’attitude des ouvriers de la sidérurgie à l’égard des changements techniques (1955-57) aux côtés d’Alain Touraine. Sa double formation de biologiste et de sociologue explique en partie sa singularité, son attachement à l’observation du détail, sa pratique du dessin et de la représentation graphique et surtout sa préférence pour l’action et l’expérimentation sur le terrain.

À l’indépendance, Paul Pascon va revenir au Maroc, une fois ses études terminées. Il choisit de rester marocain et sera naturalisé à la fin des années 1950 sous le gouvernement de gauche d’Abdallah Ibrahim (le décret sortira en 1964). Comme tous les jeunes Marocains qui sont rentrés après l’indépendance, il sera très vite mis à contribution pour combler le vide laissé par le départ des fonctionnaires coloniaux. Il occupera plusieurs postes de responsabilité qui vont être autant de lieux d’observation pour sa future carrière de sociologue. Il liera dans un premier temps son destin à celui du parti communiste, au sein duquel il va militer en se rapprochant de la première centrale syndicale du pays (l’UMT) où il va mettre en place un premier noyau de chercheurs sur le mouvement ouvrier. De son appartenance communiste, il ne va retenir que l’engagement envers les causes des dominés et une certaine façon d’approcher la réalité sociale par le biais des « rapports de production ». Au niveau de la recherche scientifique, Paul Pascon va privilégier trois choix : l’action collective et la recherche en groupe, l’approche empirique et la recherche-action.

(d’après un texte de Mohamed Tozy, Paul Pascon, un pionnier de la sociologie marocaine)
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