Les margouillats et la biométrie. Pistes de recherches sur les politiques d’identification et le gouvernement des papiers à partir du cas ivoirien

Jeudi 12 mars 2015

Séminaire de la Chaire

Les margouillats et la biométrie. Pistes de recherches sur les politiques d’identification et le gouvernement des papiers à partir du cas ivoirien par Richard Banégas (CERI - Sciences Po)
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Cette communication vise à réfléchir à ce que l’on pourrait appeler la « gouvernementalité de papiers » en Afrique subsaharienne, dans un contexte où l’on observe une diffusion internationale des normes biométriques d’identification des populations et des conflits de plus en plus nombreux autour de cet enjeu central de gouvernement et de conduite de l’action publique. Elle constitue une première tentative de problématisation d’un programme de recherche comparatiste à venir.
Le constat de départ de cette recherche est qu’une grande partie des crises que traversent les sociétés africaines contemporaines sont des crises de la citoyenneté qui portent sur la question des droits et mettent en jeu les supports juridiques et politiques de leur reconnaissance, au premier rang desquels les « papiers » (cartes d’identité, cartes d’électeurs, cartes de séjour, passeports, mais aussi titres fonciers, certificats de propriété, laisser-passer, etc). Certains conflits s’énoncent même comme des « guerres de l’identification » (Côte d’Ivoire). Les papiers sont au cœur de l’action publique et des conflits qui la traversent. Contrairement à ce qu’aurait pu laisser penser le dogme néolibéral, les dispositifs publics et privés d’identification se sont même multipliés à l’ère de la « bureaucratisation du monde », sans pour autant évacuer les fraudes et les litiges sur le sujet.
En abordant cet enjeu dans une perspective de sociologie historique comparée, il s’agit de comprendre la façon dont les dispositifs matériels de l’identification et de l’assignation identitaire ont été, d’un côté, au cœur des processus étatiques visant à inclure, exclure ou contrôler les individus et, de l’autre, ont permis l’émergence de nouvelles subjectivités morales et politiques fondées sur des usages multiples et variés des « papiers ».
Se fondant sur des données récoltées en Côte d’Ivoire dans un contexte de violence et de fragmentation de l’administration en sortie de crise, cette communication vise à explorer la pluralité des instances de production documentaire et la complexité des rapports que les individus nouent à ces documents et aux institutions. Par-delà une analyse de l’encartement comme technologie de pouvoir, il vise à rendre compte de la « vie sociale des papiers » pour mieux appréhender, par le bas, les complexités de l’action publique en la matière, mais aussi les pratiques ordinaires de la citoyenneté et des relations à l’Etat.

Professeur de science politique à Sciences Po, et chercheur au CERI (Centre d’études et de recherches internationales) Richard Banégas est spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et des Grands Lacs. Directeur du master d’études africaines de Paris 1 pendant une quinzaine d’années, il est désormais co-responsable du Joint African Studies Program en partenariat avec Columbia University (New York). Il co-dirige avec Béatrice Hibou la collection Les Afriques aux éditions Karthala. Après avoir consacré ses principaux travaux aux processus de démocratisation au Bénin et en Ouganda, Richard Banégas a orienté ses recherches vers les enjeux de citoyenneté, de violence et de mobilisation des jeunes en Afrique de l’Ouest, principalement en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Il travaille aussi sur les situations de guerre, de sortie de crise et de reconstruction post-conflit.