Les problématiques de la sécurité au Sahel

Du 14 au 16 mai 2014

Journées d'Etudes de la Chaire

Les problématiques de la sécurité au Sahel écouter la conférence
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La question de la sécurité dans le Sahel s’est posée de manière spectaculaire avec l’implantation dans le sud du Sahara de groupes djihadistes qui ont déstabilisé la Mauritanie, le Niger et le Mali, jusqu’à provoquer la partition de fait de celui-ci en 2011 et à susciter une intervention militaire française sur mandat de l’ONU, complétée par une opération multilatérale de maintien de la paix. La multiplication des prises d’otages étrangers et le développement du trafic de narcotiques ont été les symptômes les plus visibles de cette « crise sécuritaire », que certains milieux politiques et militaires ont cru devoir placer dans un « arc de crise » supposé s’étendre du Pakistan à l’Atlantique et que nombre de commentateurs ou d’universitaires ont associée à une « crise de l’Etat », qualifié de « faible » ou de « failli ». Cette présentation des faits est à la fois idéologique, réductrice et très partiale, ne serait-ce que parce qu’elle repose sur l’incrimination d’une catégorie limitée d’acteurs en éludant la responsabilité d’autres d’entre eux et en oblitérant d’autres dimensions que celles des logiques dites « géopolitiques ». Le « Principe Sécurité » – pour reprendre le titre d’un livre du philosophe Frédéric Gros – se décline au pluriel et procède d’acceptions historiques différentes.

Dans le cas du Sahel, la sécurité au sens politico-militaire du terme est indissociable d’autres régimes de sécurité : la sécurité alimentaire, qu’ont ébranlée des famines successives ; la sécurité de la circulation des hommes et des biens, que remettent en cause concurremment forces de l’ordre et malfaiteurs, mais aussi les politiques de limitation des migrations internationales mises en œuvre par l’Union européenne ; la sécurité sociale que tendent à abroger les politiques de libéralisation économique depuis les années 1970 ; la sécurité publique, que laminent la montée de la délinquance à la suite de l’aggravation des inégalités sociales et la « brutalisation » des armées, polices, milices et autres « corps habillés » ; la sécurité religieuse qu’érodent les polarisations internes à l’islam et au christianisme, sous la pression de leurs fondamentalismes respectifs, et les affrontements inter-religieux entre ces derniers ; la sécurité psychique que déchirent l’intensification de la surexploitation de la force de travail, les convulsions politiques, les mutations sociales, la banalisation de la coercition physique et l’expérience traumatique de l’émigration, surtout quand celle-ci est contrainte à la clandestinité par les mesures prohibitionnistes des Etats.

Ces différents régimes de sécurité et d’insécurité ne peuvent être compris dans leur complexité, leur synergie, et aussi leur hétérogénéité, que si on les situe sous l’éclairage de l’historicité propre du Sahel, dans son unité et son articulation pluriséculaires aux espaces historiques contigus (Sahara, Maghreb, Méditerranée et Atlantique, Afrique occidentale forestière). La Semaine de la Recherche (14-16 mai 2014) s’emploiera à les conjuguer en considérant les Etats subsahariens s’égrenant du Sénégal à la RCA.

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